Le soir de la réouverture des possibles à gauche

La nouvelle a pris de court les électeurs français : François Hollande ne se représentera pas. Dans un contexte de Primaires socialistes à l’élection présidentielle, à droite comme à gauche, l’annonce d’une déclaration en direct du Président de la République fait sourire : nous allons prendre connaissance d’une énième candidature. D’abord, il fait le bilan de ses 4 ans et demi de travail. Puis, il nous apporte son appréciation personnelle de ce bilan. Et voici qu’en réalité François Hollande annonce qu’il ne sera pas candidat à sa réélection, son travail est alors utilisé comme une arme défensive plutôt que comme une justification de candidature. L’audience tombe des nues. Pourtant l’intervention télévisée aurait du nous mettre la puce à l’oreille : un candidat réalise son annonce sur le terrain, pas derrière son bureau de travail. Mais qui était au courant ? Quels facteurs ont poussé à prendre cette décision ? Comment d’ailleurs qualifier ce choix : audacieux, courageux, lucide pour les plus sarcastiques ? Si les prochains mois nous livreront davantage de réponses à ce sujet, ce sont les conséquences directes sur l’état de la gauche qui doivent retenir notre attention. Car François Hollande a avant tout été un candidat du Parti socialiste.

Contenir le bruit cinglant du fracas

Alors que l’annonce du renoncement du Président à se présenter à sa propre réélection aurait déclenché un drame, cette décision a été largement acceptée et respectée à travers le monde politique et les médias. Annoncée un mercredi soir, elle organise l’après-coup d’une manière claire : jeudi et vendredi pour analyser et digérer, samedi et dimanche pour oublier avant de se remettre au travail lundi matin comme à notre habitude.

L’annonce vient presque comme un soulagement après une semaine de manœuvres politiciennes poussées jusqu’à l’écoeurement. D’abord il y a les discours contradictoires sur la candidature du Président Hollande à la Primaire de la gauche. Puis l’officialisation des bruits de couloirs élyséens dans les médias sur la candidature du Premier ministre Manuel Valls. Enfin le travail acharné des Aubrystes pour réunir les gauches en incluant les communistes et les écologistes mis à mal par la déclaration de Claude Bartolone sur l’officialisation de la candidature de Valls à la Primaire. Dans quel imbroglio politique inqualifiable les Français ont-ils été plongés ces derniers temps alors que les électeurs ne renoncent pas à défendre des valeurs qu’ils estiment de gauche ? Et voici qu’un Président en fonction règle la question. François Hollande a hérité du surnom d’ « édredon » au parti socialiste pour sa capacité à étouffer le conflit en contenant l’agressivité de ses adversaires. En renonçant ainsi à sa propre candidature, il a absorbé les velléités les plus affirmées, contenu l’agressivité de l’opposition, rétabli des vérités sur son mandat.

Renoncer pour imposer le respect

Lorsqu’un tournant politique est effectué, les commentateurs trouvent toujours une affirmation qui est répétée à souhait. Ici nous avons entendu à juste titre qu’il s’agit de la première fois qu’un Président n’est pas candidat à sa propre réélection dans la Vème République. Ce régime, pourtant vanté pour sa stabilité institutionnelle voit une énième fois le rôle du Président de la République, figure de proue de la Vème qui lui confère prestige et autorité, réinventé par celui qui s’était auto-proclamé « Président normal ».

Décider de ne pas s’aligner sur ce que l’histoire exige de notre fonction peut-être considéré à la fois comme du courage, une remise à niveau stratégique, ou encore une tentative désespérée de recourir à des moyens nouveaux face à des circonstances exceptionnelles. Dans son allocution François Hollande fait de la rétention de la violence et de la contention des fractures une ligne rouge qui a guidé son mandat. Il les décrit sous les noms de « divisions, les surenchères, les stigmatisations », les « tensions et les crises » qu’il oppose à la « cohésion nationale » et « cette zone euro » qu’il n’a pas voulu laisser éclater. La position de responsable politique au plus haut niveau permet de comprendre que contenir de manière sacrificielle les événements pendant une période destructrice est primordial et salvateur, mais n’est toutefois pas assez pour inspirer l’espoir nécessaire une fois la stabilisation assurée.

Le courage est une valeur centrale en politique. Il impose de démarcher auprès de ceux qui ne sont pas convaincus par nos idées, de se confronter à des adversaires talentueux, de savoir prendre une décision nécessaire mais dont l’issue heurtera nécessairement. A ce titre il est plus important que la ténacité qui nous pousse parfois à déployer une violence que nous ne nous connaissions pas. Le courage peut paradoxalement nous donner la force nécessaire de trancher lorsque la morale ne peut plus nous guider, la ténacité peut nous remplir d’une colère aveugle. En ce qui concerne les responsables politiques, le courage est largement loué car il témoigne de cette capacité d’abnégation propre à ceux qui dédient leur temps à servir tous les publics. Du courage et de la dignité il en a certainement fallu pour accepter de ne plus pouvoir apporter les prochaines solutions à son pays. Mais la bataille n’est pas suspendue bien au contraire. L’annonce de François Hollande à la fois sonne le glas d’une génération politique au pouvoir et amorce la bataille des 6 prochains mois qui serviront à gagner une opinion bouleversée par les changements économiques, sociaux et politiques actuels.

Un boulevard d’opportunités pour la gauche

Quid du Parti socialiste qui s’est affronté sur la politique nationale depuis le début du mandat? Le grand paradoxe de l’annonce de François Hollande c’est qu’elle redistribue les cartes de façon à élargir les opportunités pour le parti socialiste de défendre sa présence au sein de l’échiquier politique. En organisant des Primaires avec des candidats aux idées variées, le Parti socialiste tient sa promesse démocratique sans remettre en question le mandat de son Président. L’obsession du « Hollande bashing » sera sans effet ces prochains mois sous peine de passer pour un commentateur revanchard voire incompétent. Mercredi soir est devenu la meilleure autoroute pour la primaire : ne plus avoir à rendre de compte, ne plus s’exposer à une opposition féroce, c’est faire place nette aux résultats d’un travail engagé depuis 5 ans dont le premier commentateur en a été le Président, celui qui a mené ce travail.

Pour aller plus loin: l’Edito « Sursaut » de Laurent Joffrin

Les querelles pourront se muer en débat d’idées politiques au cours de débats de Primaires qui pourraient devenir un vivier d’idées alimenté par des ténors de la gauche comme de nouveaux entrants déjà populaires à la précédente Primaire et au sein du premier gouvernement. Ceux qui ne sont pas d’accord avec le bilan pourront apporter une nouvelle vision, ceux qui souhaitent le défendre auront quelques armes en main. Les défis restent nombreux pour qui cherche à défendre les valeurs de la gauche : redéfinir les contours du débat socialiste au XXIème siècle, réaffirmer les valeurs de la gauche dans un monde à la gouvernance globale notamment son rôle dans l’Union européenne, concrétiser l’engagement écologiste à travers des mesures contraignantes au niveau national, imaginer des systèmes économiques plus justes au profit des catégories sans capital et sans contraindre les investisseurs. Il est nécessaire de redéfinir des modèles de combat politique grâce aux nouvelles générations plus agiles avec la communication digitale et aux revendications alternatives. Il faudra également capitaliser sur les succès du quinquennat car il y en a : la réduction des inégalités hommes/femmes, la sensibilisation à l’innovation technologique, le travail de fond auprès des institutions européennes pour combattre les mesures d’austérité en Europe etc.

Il y a aujourd’hui de multiples voies qui sont tracées car nous vivons en période de transition. La solution qui primera dans le futur sera déterminée par le travail que nous allons injecter afin de faire en sorte que ces idées deviennent le capital de la gauche. Mais à ce jeu là, il faudra faire preuve certes de courage mais surtout stimuler l’imagination qui a manqué pour insuffler l’espoir.

Bonus: L’intégralité du discours de François Hollande ici

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