Il y a une alternative au fait de « détruire le système » et elle existe

Je vous parle aujourd’hui en tant que pur produit des mécanismes politiques économiques et sociaux européens déployés ces dernières années. J’ai appris à parler plusieurs langues et travailler en anglais quand mes parents ne parlent au quotidien que le français. J’ai voyagé, travaillé et étudié à travers l’Europe dans des pays que certains membres de ma famille les plus proches n’ont jamais visité. J’ai bénéficié du programme Erasmus en tant qu’étudiante durant mon année de Master ainsi que d’une bourse de la région Rhône-Alpes pour faire un stage à l’étranger. Je peux le confesser aujourd’hui, j’incarne très certainement ce qu’on appellerait “l’élite européenne”. Et bien je peux vous dire que je me suis sévèrement cognée à la réalité, et que je suis loin d’avoir été embarquée dans une lune de miel.

Comment je me suis fait avoir de la même manière que beaucoup d’entre nous

Tout me démontre que la “mondialisation” n’a pas tenu les promesses qui m’avaient été faites lorsque j’étais encore adolescente. Aujourd’hui, personne ne peut refuser d’admettre que la structure organisationnelle des échanges internationaux a permis de diriger vers les riches plus de richesses qu’ils n’avaient créé, en distribuant de ce fait naturellement moins aux pauvres, tout en demandant progressivement à la classe moyenne de supporter le fardeau des inégalités économiques et de l’irresponsabilité financière alors qu’elle n’avait rien demandé, voire n’était au courant de rien avant la crise de 2008. De fait, le continent européen se retrouve actuellement dans une situation d’inégalités croissantes, des taux persistants du chômage des jeunes, une exploitation accrue des jeunes travailleurs tout comme des travailleurs les plus démunis face à des adversaires qui les dominent largement. Ce système économique malade s’accompagne d’un déficit de représentativité en politique à cause de l’intersection des affaires internationales et nationales sur lesquelles nos gouvernements semblent avoir peu d’emprise. Sans entrer dans les détails, cela me semble déjà assez pour se sentir scandalisé. Et pourtant, il y a encore beaucoup à dire.

J’ai moi-même souffert des fausses promesses du projet de « mondialisation ». Lorsque j’ai obtenu mon baccalauréat et commencé à étudier, je voulais faire de mon mieux afin d’apporter une contribution positive en défendant les valeurs en lesquelles je croyais. Vous savez, ce fameux « je veux changer le monde ». J’étais rassurée de penser que la « Crise » serait absorbée d’ici la fin de mes études, et que la croissance serait revenue au beau fixe. En tant que bonne étudiante, je me suis efforcée de faire de mon mieux voire plus, en cumulant des diplômes dont la valeur s’est avérée totalement dépréciée par rapport à ce qu’ils auraient valu 10 ans auparavant. 7 ans d’études plus tard, il m’a fallu un an de plus avant de trouver un travail en accumulant un nombre excessif de stages mal rémunérés. J’ai du faire face à des situations professionnelles humiliantes où j’étais payée moins de 1000 euros par mois, pour des semaines de plus de 40 heures, à faire un travail en lequel je ne croyais absolument pas, et à devoir supporter des supérieurs hystériques et pervers. Mon cas n’est pas isolé puisque de nombreux jeunes actifs aujourd’hui subissent les mêmes injustices. A tel point, que nous avons fini par nous catégoriser, non sans autodérision, sous l’appellation « génération précaire »: la génération des éternels stagiaires qui acceptent consciemment de travailler pour une somme modique afin de « gagner de l’expérience ». Dans ces cas là, ce sont les parents ou l’Etat à coup de bourses qui nous procurent les ressources nécessaires à notre quotidien, lorsque nous n’acceptons pas de vivre pauvrement faute d’autre solution. A cela s’ajoute le fait d’exécuter des ordres de la part d’une hiérarchie composée de managers dépassés, incompétents, conformistes, mais protégés par des contrats à durée indéterminée qui leur ont été délivrés à l’époque de manière cavalière. C’est ainsi que j’ai accepté que le monde auquel j’avais été préparé pendant mes études ait changé d’une façon tellement imprévisible que la seule compétence qui me semble viable aujourd’hui est celle de l’adaptation.

J’ai également accepté le fait que je n’aurai pas la chance d’offrir à mes enfants autant que mes parents m’ont offert, car je vais être prise en étau dans un contexte économique où la croissance va rester faible. Je vais aussi devoir vivre dans un monde où mes proches et les gens que j’aime auront accès à moins de ressources naturelles, quand ils ne seront pas menacés par des catastrophes climatiques. Nos conditions d’existence seront rendues plus difficiles dans des villes où sera concentrée la majorité de la population active par des modes de vie dévalués et une faible qualité du logement. Je suis consciente du fait que les Européens auront à faire face à des pouvoirs économiques émergents de différents endroits du monde, qu’ils n’ont pas appris à connaître. Ma génération va certainement hériter de la dette des générations précédentes, qu’elle n’aura elle-même pas contracté. Tout cela nourri part le doute de pouvoir un jour bénéficier des mêmes avantages sociaux que mes grands-parents et mes parents eux-mêmes, car les mécanismes de l’Etat providence et la solidarité inter-générationnelle sont constamment contestés.

Et vous osez me dire qu’il y a un « eux » contre « nous » ? Je peux vous dire que dans ce navire qui tangue dangereusement vous n’êtes pas les seuls à avoir le sentiment de bien vous être fait avoir! Demandez à n’importe qui à quelle catégorie il ou elle appartient. Vous pouvez être certains que personne, avec sincérité, ne lèvera la main pour dire « hé ho, mais bien sûr je fais partie de l’élite », car il y a actuellement très peu de gens qui en sont convaincus. Mais dans des périodes de troubles, nous blâmons ceux qui ont eu à assumer des responsabilités qui ont affecté la vie publique. Et c’est normal. Pourquoi devrions-vous payer pour l’incompétence de ceux que nous n’avons pas toujours choisi pour remplir des tâches aussi importantes qu’assurer la stabilité économique, financière et politique au nom de la paix ?

Pourquoi je suis contre l’idée d’un « système pourri »

Néanmoins je m’oppose farouchement à l’argument du « eux » contre « nous, car j’ai compris que ni l’un, ni l’autre ne représente une catégorie réaliste auprès de laquelle un candidat puisse exercer une quelconque revendication. Lorsque j’entends Marine Le Pen en France, postuler qu’elle est contre le système politique et l’ « establishment » je me marre doucement. Pardonnez-moi si je me trompe, mais il semble que nous sommes bien en train de parler d’une candidate qui a étudié dans la meilleure école de droit de Paris, a grandi dans un manoir fabuleux dont son père a hérité (sous des circonstances étranges), qui est actuellement sanctionnée par le Parlement européen pour fraude financière démontrée, qui a elle-même hérité d’un appareil politique construit par son père, et s’est assuré de placer stratégiquement ses proches et membres de sa famille à des postes payés par l’argent public. J’appelle cela une dynastie politique corrompue. Donald Trump ? Un homme d’affaire véreux qui n’a rien fait d’autre que capitaliser sur une fortune colossale transmise par son père. Nigel Farage ? Un lâche qui a fui les responsabilités politiques une fois que le projet de Brexit qu’il a tant défendu a pris forme.

Qu’ont-ils en commun ? Et bien dites-vous, ils vont faire « péter le système ». Ah ça oui, vous avez raison, ils vont y arriver. C’est tout. C’est d’ailleurs la caractéristique principale de la pensée réactionnaire : vous l’ouvrez bien grand contre le « système » en entier, en menaçant de provoquer un tremblement de terre assez puissant pour tout ravager, sans avoir aucune idée concrète de ce dont le futur sera fait une fois que le déluge se sera produit. Imaginez donc que vous débarquez dans un jardin autrefois prolifère qui est aujourd’hui envahi par une armée de mauvaises herbes. Au lieu de travailler sur une stratégie, identifier des enjeux précis de manière lucide, et de découvrir d’où l’invasion est partie afin de l’éradiquer, vous proposez de tout brûler avec l’espoir que ce jardin repousse sous un nouveau jour avec à disposition en main des graines stériles. Bon courage !

Il n’y a pas d’optimisme béat dans ce que je suis en train de dire, mais l’intention viscérale d’assurer que mes efforts auront une valeur et ce pourquoi j’ai tant travaillé sera un jour redistribué. Je ne rendrai pas mon pays à des armées populistes en leur donnant le pouvoir de détruire un monde dans lequel les graines d’un changement positif sont déjà en train d’être plantées. Il y a une chose clé à garder à l’esprit lorsque nous prenons une décision politique : quel futur je souhaite construire pour les générations suivantes.

J’invite ainsi tout les électeurs en France et en Europe à creuser pour identifier clairement ce à quoi ils s’opposent, ce qu’ils ne veulent pas voir arriver demain, ce dont ils ont bénéficié dans le passé, et finalement, ce que sous aucun prétexte ils accepteraient de sacrifier. Le candidat que vous allez élire en 2017 va élaborer et mettre en œuvre des politiques publiques dont l’impact va se faire ressentir au-delà d’un mandat de 4 ou 5 ans.

Quelles valeurs je défends et comment nous pouvons devenir des acteurs d’un changement positif

Ce que nous appelons le futur est fait d’un mélange subtil entre ce dont nous avons hérité et ce qui est actuellement en train d’émerger dans nos sociétés.

Lorsque je considère le monde aujourd’hui je suis impressionnée par le nombre d’opportunités qui me sont offertes, tout autant que par le travail à mettre en œuvre pour délivrer leur potentiel. Afin de répondre aux questions environnementales, nous sommes capables aujourd’hui de développer des initiatives locales et solidaires pour devenir plus responsable dans la façon dont nous produisons et consommons. Mais ces initiatives toutefois, ne signifient rien sans une intervention globale au travers de structures internationales qui limiteraient l’impact d’autres pays. Des problématiques telles que le réchauffement climatique, les catastrophes naturelles et leurs conséquences (augmentation des flux migratoires, éradication de la biodiversité et destruction d’éco-systèmes entier) vont nécessiter une réponse par une approche coordonnée sur l’ensemble du globe avec la capacité à contenir les conflits. Les personnalités politiques élues aujourd’hui ont déjà œuvré en ce sens, notamment par le travail collaboratif entre les villes pour coordonner des politiques publiques tangibles ou les grands accords sur le climat qui ont été négociés.

L’économie de la connaissance nous donne aujourd’hui accès à une formidable quantité d’information qui nous permet d’être plus cultivés, plus créatifs sans engager de frias quelconques. Mais ceci pris en compte, nous allons devoir penser en même temps à de nouveaux modèles de transmission de la connaissance et d’éducation pour nos enfants, de façon à ce que tous soient en capacité de participer à l’innovation. Nous devons absoluent nous saisir des moyens d’échange du savoir qui existent actuellement. Ainsi que pouvons-vous dire des MOOC (Massive Open Online course) qui nous permettent de suivre des cours dans une université étrangère de chez soi. Que penser des initiatives des autorités publiques pour protéger l’écosystème des start-ups grâce auxquels vous pouvez créer les projets d’entreprise les plus excitants et partager vos recherches lors de forums internationaux?

La technologie change la façon dont je vis, pense, interagis avec les gens que j’aime, ainsi que mon accès aux ressources culturelles. Mais la technologie crée également de nouvelles problématiques qui doivent être correctement adressées au sein du monde du travail afin qu’il ne soit trop tard. Elle va également modifier la façon dont je circule, et le temps que je dédie à certaines tâches quotidiennes. Comment dès lors réorganiser mes loisirs, mon temps de travail, et la façon dont je dépense mon salaire ?

Les échanges internationaux m’ont donné la chance de rencontrer des personnes du monde entier qui défendent des valeurs qui, en tant que française blanche éduquée dans une famille catholique conservatrice, n’étaient pas les miennes. J’ai appris à les connaître pour en faire des amis avec lesquels je reste en contact. Toutefois, je suis consciente que beaucoup de gens n’ont pas eu la chance d’être confrontés de manière aussi pacifique à autrui, et se sentiront culturellement menacé par tant de différences. Leur résistance culturelle doit être comprise et canalisée tout en préservant les droits merveilleux qui ont été offert aux minorités sexuelles, aux femmes et aux étrangers au sein de nos sociétés.

Lorsque je contemple la génération de mes parents, je réalise que le cadeau le plus précieux qui nous ait été fait est la permanence du processus démocratique à travers les âges. Tout aussi imparfait que ce système soit, je suis persuadée que sa vitalité repose sur notre capacité à le remettre en question en permanence. Nous pouvons faire la grêve, nous pouvons voter, nous pouvons manifester, nous pouvons protester, nous pouvons être scandalisés. Avec Internet, j’ai le droit d’écrire cet article car je suis libre de m’exprimer. Je peux critiquer les femmes et hommes politiques sur un blog, les réseaux sociaux, ou la presse en ligne. J’ai le droit de demander d’avoir des droits tout en respectant mon devoir de citoyen. La démocratie est un cadeau sublime aux ressources insoupçonnées. Néanmoins, notre système politique doit être questionné dès aujourd’hui dans la façon dont nous autorisons nos représentants à nous représenter, et comment nous corrigeons les comportements déviants. Un nouveau système de gouvernance doit être dessiné pour permettre une bonne représentation des intérêts collectifs dans la sphère publique de façon transparente et horizontale afin de répondre aux questions internationales qui ont un impact au niveau local. Car des politiques publiques élaborées par des fonctionnaires inconnus manquent de légitimité. De la même manière, les questions internationales, nationales et régionales sont devenues tellement imbriquées qu’il faudrait plutôt parler de « glocalisation » plutôt que de « globalisation ». Je souhaite également préserver les services publics qui ont garanti une vraie valeur au travail de la collectivité en défendant des valeurs de solidarité à travers les générations, dont les fondations se trouvent dans l’Europe d’après-guerre.

Est-ce que je suis une idéaliste ? Oh croyez-moi ce n’est pas le cas…. En tant que femme, on me rappelle tous les jours que les droits que je prends pour acquis peuvent être soudainement niés car ils ne représentent une priorité que pour un petit nombre. C’est ainsi que quelqu’un qui s’amuse d’ « attraper les femmes par leur chatte » a reçu le soutien de millions d’électeurs cette semaine. En tant que femme, je suis également consciente que certaines personnes donneront moins de légitimité à mon argument simplement parce que je n’incarne pas l' »autorité ». En tant que femme je sais que beaucoup essayeront de me faire comprendre que je n’appartiens pas à la catégorie de ceux « peuvent », « savent » et « font ». En tant que femme, je sais que certains se sentiront scandalisés que je fasse un bon gros bras d’honneur à ceux qui me manquent de respect, car quand même, ça a un côté « ingérable ».

Je lève donc ce même bras d’honneur aujourd’hui aux représentants auto-proclamés du peuple (qui n’ont d’ailleurs jamais connu de conditions d’existence populaire) qui nous empêcheront de construire un avenir neuf en éradiquant tout : le pire comme le meilleur (et parfois uniquement le meilleur), sans avoir une quelconque idée de ce qui nous attend. Je ne m’autoriserai pas à un tel pari. Je fais également un énorme bras d’honneur aux salauds irresponsables qui ont abîmé mon présent en figeant l’ascension sociale et en brisant la redistribution. Face à cela j’oppose ma génération dont les ambitions raisonnables ont besoin de toute l’énergie possible pour se concrétiser.

Ce que j’ai partagé ici est le projet en lequel je crois aujourd’hui comme beaucoup de gens de ma génération. Il peut déjà être incarné par nombre de candidats à travers l’Europe. Certains de ces candidats sont encore petits dans l’arène politique, d’autres actifs dans les partis traditionnels surtout du côté de la gauche, d’autres aussi sont encore de jeunes responsables politiques, et je suis persuadée qu’ils peuvent nous offrir un excellent programme pour trouver des solutions à des problèmes de taille. Je ne rendrai pas mon pays à des imposteurs populistes qui ne m’inspirent aucun espoir de renouveau pourtant consubstantiel à n’importe quel projet politique digne. Les électeurs français et européens méritent mieux que cela.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s