Amnésie des candidats de droite sur l’état de la démocratie en France

L’amnésie en politique est chose fréquente chez les électeurs. Après tout, la mobilisation autour d’Emmanuel Macron aujourd’hui nous en fait oublier l’impopularité dont il avait été sujet à son arrivée au gouvernement avec son bagage d’ancien banquier d’affaires. Mais les candidats à la présidentielle auraient-ils eux aussi la mémoire courte quant aux reproches adressés aux élus? Si l’on se fit aux résultats des sondages actuels, le prochain président de la République devrait se trouver parmi les candidats à la primaire de la droite. Pourtant dès le premier débat des primaires de la droite le renouvellement tant attendu par les français ne s’est pas fait sentir.

Le manque de renouvellement dans l’offre politique de droite

Sur l’offre des candidats d’abord. Les primaires ont rassemblé un ancien président non reconduit après son premier mandat par ses électeurs, son premier ministre, ainsi que son ministre des affaires étrangères lui-même héritier des années Chirac, sa ministre de l’environnement et porte-parole du gouvernement, et son ministre de l’agriculture pressenti à l’époque pour devenir ministre de l’économie. Si le prochain Président de la République (soyons réaliste, cette année nous ne verrons toujours pas de femme politique présidentiable en France) fait parti des candidats à cette primaire, qui choisira-t-il au sein de son parti et de la droite pour constituer un gouvernement ? Des anciens de la première heure ? Des extrémistes bruyants mais de plus en plus influents sur le discours politique français ? Leur pire ennemi au parti mais nécessaire collaborateur au gouvernement? La question (cauchemardesque) laisse songeur.

Sur le plan économique la majorité des candidats Les Républicains insiste sur l’importance de baisser les charges sociales afin de booster la capacité de croissance des entreprises. Aux chômeurs donc d’intégrer que le travail est une valeur à défaut d’en faire l’expérience concrète. A ce titre pour décourager toute forme de papillonnage Alain Juppé, la Rolls Royce parmi les favoris de la primaire, a proposé de mettre en place un versement dégressif des allocations chômage. Si jamais vous aviez des doutes sur l’utilité des services publics, Bruno Lemaire privatisera carrément Pôle emploi. En ce qui concerne l’Impôt sur la fortune, pas de surprise non plus. Là encore Nicolas Sarkozy souhaite entamer durablement cet impôt, une mesure phare de son précédent quinquennat. Alain Juppé, plus modeste, explique qu’il réduira drastiquement les impôts jusqu’à un montant de 28 milliards net. Les 35 heures ont également fait débat (ou plutôt mis tous les candidats d’accord sur leur retrait) tacle habituel contre une mesure clé des socialistes. Nombre de ceux qui ne sont pas affiliés à un parti politique jouent le jeu de l’électeur opportuniste, à savoir « je vote pour celui qui a le meilleur programme pour la France ». Dans cette logique lorsque nous entendons les programmes des primaires de la droite, tout porte à croire que c’est l’excès de politiques sociales qui a fatigué l’électorat français…

Seule Nathalie Kosciusko-Morizet semble apporter des mesures que l’on qualifiera de « disruptives » dans son programme. En phase avec l’évolution des mœurs au sein de la société française, elle est une des rares à ne s’être opposée ni au mariage pour tous ni au projet de procréation médicalement assistée (PMA) et s’était même positionnée contre la déchéance de nationalité lors des débats à l’Assemblée nationale. Peut être qu’il s’agit de cette prise de liberté qui encourage ses opposants à la taxer excessivement de « socialiste ».

« Quid » de la question de la légitimité des élus au cœur des préoccupations actuelles?

Pourtant aucun n’a abordé avec sérieux la question de la défiance vis à vis des institutions et en particulier de la classe politique traditionnelle. Ce terreau si propice à la légitimisation d’une troisième voie politique qui se trouve aujourd’hui dans les extrêmes, une alternative normalement hors de propos dans un débat démocratique cohérent. Cette méfiance qui grandit trouve ses racines dans un malaise profond lié au cynisme inspiré par le personnel politique. Et ceux qui ont ardemment défendu leur programme pendant le premier débat des primaires en savent long sur les questions de détournement et de corruption d’argent public.

Il s’agirait donc d’utiliser cette campagne présidentielle pour mettre en place de moteurs de confiance en les élus français. Un moyen de la susciter c’est en partie d’assurer une rotation des fonctions électorales, avec notamment le non cumul des mandats au sein de l’exécutif et dans le temps. Cette mesure permettrait sur le long terme d’accélérer un épaississement des candidatures et de ce fait permettrait d’accentuer la diversité des profils.

François Hollande avait fait du non-cumul des mandats une mesure phare de son programme en 2012 pour moderniser la vie politique. Aujourd’hui seulement 19% des parlementaires ne sont pas concernés par le cumul! 468 députés et 264 sénateurs remplissent un mandat local en plus de leurs fonctions parlementaires. La Présidence Sarkozy s’était déjà penchée sur la question avec le « Comité de réflexion et de proposition sur la modernisation et le rééquilibrage des institutions » présidé par Edouard Balladur en 2007. Mais les mesures préconisées avaient à l’époque n’avait fait l’objet d’aucun contenu législatif. En gros, c’est l’effet « pschit ». Dès l’arrivée à l’Elysée de François Hollande, Lionel Jospin a été chargé de rédiger un rapport sur la modernisation de la vie politique où il préconisait notamment d’instaurer un vrai statut de l’élu pour que les parlementaires puissent se consacrer à plein temps à leur mission. Le travail de réflexion menée au début du quinquennat a finalement abouti à une loi votée en février 2014 par l’Assemblée et le Sénat.

Pourtant c’est une loi en demi-teinte qui a été votée. La loi restreint l’accès aux fonctions électives exécutives en interdisant à partir de 2017 le cumul d’un mandat de parlementaire avec celui par exemple de maire, adjoint au maire, maire d’arrondissement, conseiller municipal délégué, président ou vice-président de conseil régional, de conseil général ou d’établissement de coopération entre collectivités territoriales.

Le non cumul des mandats pourrait permettre à terme le renouvellement de nos représentants sur un rythme plus soutenu qui participerait à un véritable renouvellement des idées. De manière plus directe, cela nous éviterait également de nous retrouver dans une situation telle que celle que nous vivons, où presque aucun candidat à la présidentielle ne reçoit de soutien autrement que par défaut. Et au final, donner plus de sens à des fonctions exécutives primordiales à la vie démocratique.

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