Le référendum britannique sera une validation ou non du marché unique européen

A l’aube du référendum britannique sur la présence du Royaume-Uni au sein de l’Union européenne, rien ne permet de tirer des conclusions optimistes quant à l’issue des votes. Depuis une semaine, une série de sondages met en évidence une inversion des courbes en faveur du Brexit. Le journal The Independent a publié parmi les premiers des données attestant que le ‘Out’ devançait le ‘In’ de 10 points. Cette étude démontre par ailleurs que sur 10 personnes en moyenne, 8 pensent que quitter l’Union européenne représenterait un risque alors que seulement 19% des interrogés estime qu’une sortie n’en représenterait aucun. L’étude de The Independent est à l’image du paradoxe proche de l’absurde qui caractérise le référendum : nombre de citoyens se posent la question de la nécessité réelle d’une sortie – qu’elle soit économique, ou sociale – tout en exprimant un rejet de l’appartenance à l’Union européenne telle quelle est construite aujourd’hui. Si les raisons pratiques d’une participation à l’ensemble européen divisent peu, l’envie d’Europe s’épuise. Et aucune campagne n’a réussi ou eu le projet de la raviver.

L’argument du « In » a d’abord été relayé par le Labor britannique sous l’impulsion de Will Straw, appuyé par nombre de chercheurs et politiques notables. Ces derniers ont lancé la campagne « Stronger In » le 12 octobre 2015 avec l’argument majeur attestant que « le Royaume-Uni est plus fort au sein de l’Union européenne que seul ». L’action menée sur les médias sociaux était simple : rappeler les bénéfices économiques de l’UE auprès des populations les plus faibles en insistant sur l’atout indéniable de l’Europe pour un meilleur futur pour les petits britanniques. Le vote en faveur du « In » a ensuite été porté par le Premier Ministre britannique David Cameron avec l’argument suivant : « la participation du Royaume-Uni au projet européen a été renégociée nous pouvons désormais accepter de reconnaître que l’Union européenne contribue à renforcer la position de la Grande-Bretagne dans le monde ». Enfin, l’argument du non a été défendu dès juillet 2015 par deux campagnes Leave.Eu et Vote Leave avant de fusionner en avril 2016 au profit de la dernière qui a été désignée comme campagne officielle.

Les raisons du Bremain suivent une logique toute pragmatique largement animée par un argument économique relayé par Cameron: quitter l’Union Européenne porterait gravement atteinte à la vie économique du Royaume-Uni. S’il est difficile d’estimer les réelles conséquences du Brexit malgré nombre de publication sérieuses publiées par des think tank neutres comme British Influence, ou bien l’agence de communication politique londonienne Portland communications, certains faits indéniables appuient la position de Cameron. Le Royaume-Uni serait d’abord confronté à l’incertitude des marchés financiers qui parient sur une issue négative d’un potentiel Brexit. La position du Royaume-Uni dans les échanges économiques avec les pays partenaires de l’Union européenne se verraient menacée par la renégociation des traités de libre échange, dans un contexte où les économies émergentes afficheront une croissance plus forte qu’en Europe d’ici 2020-2030. En ce qui concerne le marché européen lui-même, le Royaume-Uni manquerait le développement du marché unique du numérique à un moment où l’Union européenne cherche à se doter des meilleurs outils pour booster l’économie numérique. Par ailleurs, peu de commentateurs se sont aventurés à rappeler que les Britanniques avaient cherché à rejoindre la Communauté européenne dès 1961 face à l’absence de débouchés économiques au sein du marché du Commonwealth basé sur la livre. La concurrence imposée par l’Allemagne sur le marché de l’industrie automobile avait eu raison de l’hégémonie industrielle britannique (l’argument a notamment été développé par Alan Milward dans son brillant essai « The European Rescue of the Nation-State »). A l’inverse le camp du « non » s’appuie sur les peurs d’une immigration incontrôlée en plein période de crise économique et financière. Pourtant le gouvernement britannique dans une étude publiée en 2013 a prouvé qu’en réalité l’immigration avait boosté la croissance au Royaume-Uni. Par ailleurs, la majorité de migrants vivant au Royaume-Uni aujourd’hui viennent de l’extérieur de l’Union européenne. Un Brexit ne changerait donc rien à l’impact que le pays peut avoir sur sa politique migratoire, voire l’aggraverait.

Néanmoins, pour toutes identifiables que soient les deux campagnes, aucune ne brille par le contenu politique qu’elle propose. Si les anglais adhèrent à l’argument pragmatique (et tout aussi valable) de la nécessité économique de rester dans l’UE c’est bien l’argument politique qui pêche. Les extrêmes se sont engouffrés dans la brèche laissée entrouverte par les gouvernements successifs sur l’immigration. Le populisme actuel a été alimenté par des décennies de presse anti-européenne, dont Boris Johnson s’était déjà fait le chantre lorsqu’il était lui-même basé à Bruxelles en tant que journaliste pour le Daily Telegraph. Le camp du « In » et en particulier le Labour n’ont pas réussi à convaincre sur les bienfaits du projet européen en lui-même. Pourtant nombre de chantiers démocratiques se doivent d’être développés. Les avocats du IN n’ont pas expliqué ce que la citoyenneté européenne signifiait aujourd’hui, comment investir le Parlement européen de davantage de pouvoirs qui serviraient plus explicitement aux citoyens, comment l’Europe peut se positionner dans sa politique étrangère aujourd’hui. Or les arguments qui ont été avancés sont avant tout ceux d’une validation de la mobilité des biens, et des capitaux au sein du marché commun.

L’orientation des débats fera en sorte que le Référendum validera ou non, les fruits du marché commun plutôt que les bienfaits d’une Europe politique dont le sursaut n’a à aucun moment été entraperçu pendant la campagne.

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