Bienvenue dans la media polis, objet politique (mal) identifié

Depuis les attentats de Charlie Hebdo en 2015, le gouvernement français a largement utilisé les réseaux sociaux pour diffuser des campagnes de désintox à destination des catégories les plus sensibles aux messages de propagande diffusés sur le net. Youtube est le média privilégié de la plateforme #stopdjihasdismse qui a pour but de lutter contre les messages de haine islamiques. Le gouvernement utilise également Facebook pour renseigner les citoyens français de manière simple et concise sur les politiques publiques mises en place ou encore plus récemment, communiquer les mesures de sécurité à prendre pendant les inondations. Chaque post est libre de commentaires et d’appréciation individuelle par les internautes. Le net a ainsi développé une sphère publique dans laquelle l’information circule à profusion. Roger Silverstone, chercheur en média et communication, a désigné ce phénomène sous l’appellation de ‘médiapolis‘, une entité virtuelle à la substance politique et sociale capable de renforcer comme de détruire les liens entre ses utilisateurs, et les sphères publiques attenantes. Autrement dit, nous serions entrés dans une ère où le web et les réseaux sociaux ont un impact encore sous-estimé sur la façon dont une société est appréhendée socialement et politiquement par ses citoyens.

Hannah Arendt nous a livré dans son ouvrage « Les origines du totalitarisme » les clés fondamentales de l’engagement citoyen. Participer politiquement c’est engager la sphère publique dans un ensemble de débats qui forgent progressivement l’action publique. Comprise au sens strict du mot la notion implique d’investir les lieux publics pour exprimer l’opposition par sa présence. A l’ère digitale de la quatrième révolution industrielle comme aime la nommer Klaus Schwab fondateur du World Economic Forum, quelle est la pertinence d’un tel propos ? Force est de constater que les modes d’action collective ne s’effritent pas. Depuis le 31 mars 2016 Nuits debout retentit Place de la république à Paris mais également partout en France ou encore dans d’autres villes d’Europe et du monde. Par ailleurs, loin de désengager les citoyens l’e-action collective opère en complémentarité de mouvements empruntant des formes traditionnelles de contestation. La #civictech permet aux gouvernements d’être plus transparents sur leurs données mais également, aux citoyens d’exprimer clairement leurs revendications. Ainsi, depuis 2013, de nombreuses plateformes de pétition en ligne ont émergé sur la toile : change.org, avaaz, wedesignit, ou encore mesopinions. Néanmoins, comme tout objet politique nouveau, la crédibilité des plateformes repose parfois sur des fondements précaires. Deux semaines après son ouverture, change.org a rassemblé plus de 200 000 signatures réclamant le départ de Thomas Tévenoud…avant que les internautes ne réalisent que le créateur de cette même pétition avait milité pour l’opposition aux municipales 2014.

Si cette dernière mésaventure expose les manœuvres de l’intéressé, elle permet néanmoins d’en apprendre davantage sur les motivations des signataires : une forme de neutralité politique qui s’appuie sur des valeurs communes. Ainsi, au travers du cas Thévenoud, c’est le désir de transparence, d’équité, de rigueur politique que les citoyens ont réclamé. Ou du moins en partie. Car si ces valeurs restent saillantes, le débat online manque encore parfois de cohérence. Qui veut quoi, comment, pourquoi et quand ? La médiapolis a renforcé les capacités d’expression parce qu’elle offre un panel créatif immense, mais elle a intensifié les échos et parfois les cacophonies. Nous devons donc apprendre à maîtriser cette voix en ligne en prenant en compte le public, les régulateurs et avant tout la cohérence de l’engagement. Cette tâche sera non négligeable compte tenu de l’agenda politique de la France en 2017. La campagne présidentielle des décideurs publics en effet sera digitale ou ne sera pas. En attendant les citoyens Français devront apprendre également à filtrer les discours et structurer leur engagement en ligne pour faire valoir leurs idées au sein des programmes. Incorrigibles râleurs, les Français ont désormais l’occasion de ne pas livrer entièrement leur sort à la bonne volonté des pouvoirs publics, offrir des réponses plutôt qu’en attendre, imaginer plutôt que suivre.

L’engagement créatif se fonde sur la contestation, l’appropriation de l’espace public mais surtout la capacité à cristalliser notre mécontentement dans des actions concrètes crédibles. Par amour de notre futur il est temps que nous nous emparions avec cohérence des outils digitaux mis à notre disposition par la mediapolis.

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